Croc’Conapac

A l’occasion de leur mission en Europe, les représentants de la CONAPAC, la Confédération nationale des producteurs agricoles du Congo, a rencontré le Croco et lui ont fait part de leurs points de vue sur divers sujets d’actualités relatifs aux enjeux du développement de l’agriculture en RD Congo pour alimenter la réflexion sur la nouvelle thématique de la campagne 11.11.11. Dans ce cadre, le Croco a échangé avec M. Paluku MIVIMBA, Président du C.A. de la CONAPAC ; M. Sylvestre KAMBAZA, Secrétaire Exécutif de la CONAPAC et Mme Chantal KABANGU, Présidente de la Fédération des Organisations Paysannes Agricole du Kasaï Oriental (FOPAKO)

Le Croco : Qu’est-ce que la CONAPAC ?

La Confédération Nationale des Producteurs Agricoles du Congo est une plate-forme d’organisations paysannes créées en 2011 ; elle rassemble les 11 fédérations des 11 provinces de la RDC, qui elles-mêmes réunissent des Unions ou Collectifs d’associations à la base ou de membres physiques au niveau du village. La Conapac agit comme un syndicat de paysans producteurs agricole et constitue la société civile paysanne en RDC. Sa vision est : un monde paysan solidaire, professionnel et prospère. Elle défend, tant au niveau national qu’international les intérêts des producteurs agricoles congolais pour leur permettre de participer activement à la vie de la société et de s’y épanouir. Elle compte environ cinq cents mille membres.

Le Croco : Pourquoi est-ce important que le mouvement paysan se structure en République Démocratique du Congo ? Est-ce une opportunité pour assurer la souveraineté alimentaire du pays ?

On ne peut défendre des intérêts que si on est organisé. Les paysans ont pris la décision de s’organiser de la base au sommet. Il faut qu’il y ait des répondants pour dialoguer et plaider les causes des organisations paysannes et des producteurs agricoles à la base, au niveau du territoire, de la province ou niveau national.

Au niveau des unions, les producteurs s’organisent en filières ou en coopératives, pour commercialiser, stocker ou acheter des intrants.

Au niveau des provinces, ils doivent dialoguer avec les acteurs politiques et économiques (qui sont eux déjà organisés).

Au niveau national, les paysans doivent avoir des interlocuteurs qui facilitent les attentes des agriculteurs à la base auprès des législateurs ou des dirigeants.

C’est une nécessité pour bien mener le plaidoyer à tous les niveau de la société.

Le Croco : Etes-vous consultés en tant que structure ?

La Conapac est encore jeune, elle a consacré ses 2 premières années à se faire connaitre. Maintenant, elle est invitée par les autorités politiques à tous les niveaux, pour pouvoir échanger sur les principaux points qui concerne l’agriculture.

Par exemple, au moment-même de cette interview, nous venons d’être contactés par le Ministre de l’Agriculture qui vient de rassembler autour de lui 5 structures reconnues et 5 personnes de plusieurs villages du Katanga pour discuter sur un plan agricole.

Le Croco : Quel avantage pensez-vous tirer de cette structuration ? Quel impact positif sur l’alimentation des congolais ?

C’est un début mais nous allons persévérer. La loi agricole a pris en compte les idées données par les paysans. Il y a une commission qui élabore les mesures d’application de cette loi agricole, la Conapac est fortement représentée dedans et les représentants de la Conapac amènent au sein de la commission les idées qui viennent de la base. De la même manière, Conapac est représentée dans la commission nationale pour la réforme foncière. Il n’y a pas encore de retombées immédiates mais progressivement les décideurs sont informés des attentes de la base.

De plus, on ne peut pas développer un métier, être entendu, reconnu, si on n’est pas organisé. Mettre en place les structures de paysans au niveau de la base comme au niveau national, est le fruit de la réflexion sur les différents défis que les paysans ont rencontrés dans le métier d’agriculteur. Et parmi ces défis-là je peux citer la faible productivité agricole. Les producteurs produisent moins et ont des difficultés à pouvoir accéder aux marchés rémunérateurs, aux nouvelles technologies et aux informations agricoles. Les raisons pour lesquelles les producteurs produisent moins sont souvent liées à des politiques agricoles dans le pays. Le gouvernement semble ne pas bouger dans ce sens-là. Il faut donc que les professionnels de ces métiers d’agriculteurs s’organisent pour pousser le gouvernement à prendre les mesures qui s’imposent. La mise en place de la loi agricole va permettre à tous les maillons de la chaîne d’être respectés et permettre la promotion de la sécurité alimentaire.

Le Croco : Quels sont selon vous les problèmes qui entravent la souveraineté alimentaire en RDC ?

Les difficultés sont multiples, elles vont de la production à la consommation. Nous pouvons même aller avant cela encore : l’accès à la terre. Les paysans ne se sentent pas sécurisés sur la terre qu’il exploite. Notre loi prévoit que le sol et le sous-sol appartiennent à l’Etat. Le paysan est en insécurité parce qu‘il travaille sur une terre qui ne lui appartient pas, qui peut lui être enlevée à tout moment, soit par le pouvoir public, soit par le chef coutumier, qui peuvent les vendre à d’autres. Des investisseurs, les plus offrants, achètent régulièrement les terres auprès du gouvernement et des chefs coutumiers. Au niveau de la production, les semences et les espèces animales sont dégénérées depuis longtemps. Les paysans n’ont pas accès à des semences et des géniteurs de qualité productive. De plus ils utilisent les mêmes outils de production que leurs grands-parents. Ils n’ont pas accès à des outils plus performants parce qu’ils sont pauvres et n’ont pas les moyen de se les payer. Il n’y a d’ailleurs aucun encadrement, aucune possibilité de crédit pour pouvoir améliorer les capacités à accéder à ces outils-là. Ensuite viennent les problèmes de transport de la production. Les routes des dessertes agricoles sont en très mauvais état car non entretenues depuis des dizaines d’années. Donc le paysan a très difficile à faire sortir sa production de son champs jusqu’au lieu d’écoulement, de stockage ou de transformation. Au niveau de la commercialisation, il n’y a plus de structures coopératives qui peuvent permettre aux paysans de regrouper leurs marchandises et de négocier des prix rémunérateurs. Ce sont souvent les acheteurs qui sont de gros commerçants qui fixent le prix d’achat. Parfois même ils déterminent eux-mêmes les mesures. Ils utilisent leur propre valeur/kilo. De plus, les paysans sont soumis à énormément de taxes. Certaines sont légales, d’autres arbitraires. Et les paysans les moins éduqués ne savent pas ce qu’ils sont obligés de payer ou pas. Du coup, dans la majorité des cas, les paysans travaillent à perte. Ils travaillent plus pour tous ces intermédiaires que pour lui-même. Et ce qu’il gagne à la fin ne récompense pas toute l’énergie qu’il a investie. En conséquence, les paysans sont de plus en plus pauvres, n’ont pas de moyens pour scolariser leurs enfants, se vêtir, se loger. Et cela devient un cercle vicieux.

Le Croco : Les paysans arrivent-t-ils à se nourrir de ce qu’ils cultivent ?

En général, les paysans produisent pour se nourrir. En RDC, la principale agriculture est la petite agriculture de subsistance, même si on reconnait que de plus en plus d’agriculteurs ont une agriculture orientée vers le marché. La plus grande partie de la production est d’abord consommée par les agriculteurs eux-mêmes et une partie est vendue dans les grands centres urbains. Mais cela ne suffit pas pour nourrir les paysans. En effet, c’est dans les régions rurales que vous allez rencontrer la plus grande pauvreté et la faim. Donc le paysan qui cultive, lui-même, ne mange pas à sa faim ! Pourquoi ? Parce que la façon dont il fait son travail, les semences qu’il utilise, ne lui permettent pas non plus de produire une grande quantité, de vendre une quantité et de conserver une partie pour lui-même. Il ne mange pas en qualité et quantité suffisante. Il produit peu, et se retrouve contraint de vendre un partie pour faire face à d’autres dépenses indispensables telles que les soins médicaux, la scolarité des enfants… Ainsi, aujourd’hui, les paysans n’ont plus de stock… Le paysan est le plus mal nourri de la population !

Pour la femme, c’est souvent encore plus dur. La femme dans sa famille est considérée comme une personne qui va partir, donc elle n’a pas de terre à cultiver. Puis chez son mari c’est encore pire parce qu’elle n’est pas considérée comme un membre de la famille à part entière, et l’accès à la terre est encore plus difficile. Donc elle travaille beaucoup mais sans véritable statut, elle travaille donc pour son père et ensuite pour son mari, jamais pour elle-même. Et en cas de divorce, elle ne peut bénéficier de la terre ni de son mari de sa famille, elle devient donc une « sans terre ».

Le Croco : Quelle est, pour vous, la solution pour assurer la souveraineté alimentaire au Congo ?

Il faudrait une politique agricole nationale qui tient compte de l’agriculture paysanne et familiale et de l’agro-industrie. Avec des mesures d’encadrement des petits producteurs. Et surtout une réflexion sur le genre d’agriculture que nous aimerions avoir. Une agriculture pour la sécurité alimentaire des congolais et/ou pour l’exportation ? La mise en œuvre de cette politique doit être aussi bien définie. Il faudrait faire fonctionner le Centre de recherche pour la production des semences améliorées. Il faudrait pouvoir investir dans l’entretien et l’ouverture de routes et dessertes agricoles. Investir dans l’infrastructure rurale en général (électricité rurale par exemple). Investir dans la formation agricole. Et pour nous aussi, en tant que paysans, nous devons pouvoir revendiquer que l’agriculture est un métier. Que nous ne faisons pas cela pour nous « occuper », que ce ne sont pas uniquement les personnes qui travaillent dans un bureau qui exercent un métier. La politique devra mettre aussi en place des stratégies d’organisation du secteur agricole et renforcer les organisations de producteurs existantes.

Le Croco : Qu’est-ce qu’Agricongo ? Et à quoi cela vous sert ?

Agricongo est un consortium d’ONG mis en place en 2010 qui rencontre deux objectifs : L’appui au plaidoyer du secteur agricole en RDC et l’appui à la structuration du mouvement paysan en RDC.

Agricongo a jusqu’à présent permis aux organisations paysanne existantes de renforcer leur capacités de lobbying et de mobilisation auprès des autorités politiques et privées. Cela leur a, entre autre, permis de participer au plaidoyer sur la loi agricole auprès du Sénat et du Parlement, mais aussi, de participer à la Commission d’élaboration des mesures de la loi agricole. Agricongo est un allié des organisations des producteurs agricoles du Congo.

Agricongo agit aussi au Nord dans le cadre d’un travail de plaidoyer pour une amélioration de l’agriculture au Congo à travers les différentes coopérations belge et européenne. Elle joue le rôle de relais des organisations paysannes congolaises auprès de la Belgique et de l’Union Européenne.

Le Croco : Que pensez-vous des résultats du récent audit qui dénonce le fait que l’argent de la coopération européenne se serait volatilisé au Congo ?

Nous encourageons L’aide européenne d’une manière générale. Nous savons que notre pays a traversé une étape très difficile de son histoire. Toute l’administration a été en difficulté. Grâce à des aides nous avons pu redonner du pouvoir à l’administration congolaise.

En ce qui concerne les fonds des aides, nous ne donnerons pas d’avis là-dessus, car lorsque qu’il y a des contrats et des accords bilatéraux, seuls les parties prenantes connaissent les contenus dudit contrat. Dans ces accords, il y a bien-sûr le rôle des uns et des autres. Nous ne sommes pas sûrs que l’auditeur ait tenu compte de cela pour donner son point de vue. Ce que nous remarquons aussi c’est que notre pays a toujours négocié en position de faiblesse. Les thématiques sont choisies par l’UE. Les bénéficiaires ne sont pas très informés sur l’aide apportée par l’UE ou la Belgique (par la coopération bilatérale directe). On nous apprend que tel projet démarre. Sans impliquer les bénéficiaires. Ce ne sont pas des projets congolais appuyés par l’UE ou la Belgique, ce sont des projets européens ou belges imposés au Congolais. C’est pour cela aussi que dès que les projets s’arrêtent il n’y a plus rien, car il n’y a pas eu d’appropriation, voire même ce n’était pas des besoins de la population.

De plus le temps nécessaire à la mise en œuvre des projets est trop long. Par exemple si un projet a une durée de 3 ans, les études de faisabilité vont déjà prendre 2 ans ; la mise en œuvre ne va donc se faire que pendant une année. Cela ne donne pas assez de temps pour la mise en œuvre réelle et pour pouvoir réaliser ce qui devrait être réalisé.