Interview Angela davis au Tribunal Russell sur la Palestine

Militante, féministe connue, proche du Mouvement des "Black Panther", ayant figuré un temps parmi les femmes les plus recherchées du FBI, condamnée à mort puis acquittée, femme politique deux fois candidate à la vice-présidence des États-Unis, auteure de plusieurs ouvrages célèbres, professeur de philosophie, Angela Davis fait partie du jury du Tribunal Russell sur la Palestine. Elle s’exprime à ce sujet au micro du Croco.

Traduction de l’interview en français :

Le Croco : Angela, pouvez-vous nous dire, en quelques mots, ce que vous ressentez maintenant que le Tribunal Russell sur la Palestine est terminé ?

Angela Davis  : Je suis heureuse que nous ayons décidé, au terme de ces séances dirigées par le Tribunal Russell, de continuer le travail du Tribunal. Nous continuerons à faire le travail pour lequel nous avons été mandaté pour que d’un point de vue légal mais aussi au nom des mouvements sociaux, des organisations, des individus, on puisse continuer à nous attaquer aux horribles crimes contre l’humanité commis par Israël. Et donc nous continuons le travail ; nous continuons à exposer Israël, à exiger que la Palestine ait une place légitime aux Nations Unies, y compris au sein de la CPI (Cour Pénale Internationale) afin qu’elle ait le droit de porter des accusations formelles à l’encontre de l’État d’Israël.

Nous continuons à contester le soutien des États-Unis d’Amérique à l’égard d’Israël. En tant que personne vivant aux États-Unis, nous avons une responsabilité toute particulière étant donné que notre pays offre à Israël une aide étrangère et militaire bien plus importante que n’importe quel autre pays.

Et en tant que personne impliquée dans des mouvements sociaux, je travaille sur la question des prisonniers (prisonniers politiques,…) mais aussi sur la notion de « répression » qui est, depuis peu, indissociable du concept de prison. Je continuerai d’insister sur le fait que ceux d’entre nous, par exemple, qui se considèrent comme des évolutionnistes et qui souhaitent que l’emprisonnement devienne le principal mode de sanctions pénales, doivent incorporer dans leur champ d’action la situation palestinienne. Les techniques de torture occasionnelles que nous voyons dans de nombreuses prisons américaines mais aussi dans celles du monde entier sont utilisées dans des quartiers en Palestine. En effet, comme cela a été souligné de nombreuses fois, la rive de l’ouest et la bande de Gaza sont les plus grandes prisons à ciel ouvert du monde. Je continue d’utiliser les preuves qui ont été produites par Tribunal Russell pour promouvoir les mouvements de solidarité avec la Palestine.

Le Croco : Au cours de cette séance, vous étiez chargée de présenter les concluions. Que diriez-vous aux jeunes du monde entier sur ces nouvelles façons de parvenir à une justice en Palestine ?

Angela Davis : Tout d’abord, je leur suggérerais de prendre part à nos campagnes, de soutenir le mouvement BDS (campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions), de s’impliquer dans les efforts visant à mettre en lumière l’apartheid comme la « Israeli Apartheid Week ». Il existe tellement de façons d’exprimer son soutien aux personnes en Palestine qui luttent contre ce qui est clairement le pire et le plus immoral gouvernement de notre époque. Et les individus ne devraient pas avoir peur d’être accusés d’antisémitisme. C’est ce qui, malheureusement, fait fuir beaucoup de personnes. Ces gens-là doivent savoir qu’il y a énormément de juifs en Palestine qui luttent contre la guerre, contre la torture, qui dénoncent l’occupation. C’est le mouvement du 21e siècle. Et il me semble que les jeunes qui veulent être du bon côté de l’histoire devraient se joindre à cette campagne en solidarité avec la Palestine.

Le Croco  : Merci Angela Davis. J’aurais juste une dernière faveur à vous demander. Avez-vous quelques mots en français que vous voudriez adresser à nos auditeurs francophones ?

Angela Davis : « Alors il faut générer de plus en plus la solidarité avec la cause palestinienne ».

Le Croco : Merci beaucoup.