Conférence : Le Journal

Conférence/Débat "LE JOURNAL" , HISTOIRE D’UNE DÉSILLUSION MAROCAINE

Espace Magh, le 16 février 2013 à 14h !

Événement organisé par Radouane El Baroudi

« L’ouverture politique » initiée par Hassan II peu avant sa mort était un simulacre de plus, nous n’avons plus aucun doute à ce sujet. Le monarque chérifien, animal politique si il en est, calme ses « sujets » par la répression et les fausses promesses d’un côté. De l’autre rassure l’Union européenne sur les dossiers lourds (les prisonniers d’opinion, la liberté de la presse, les élections libres, le Sahara…). La suite vous la connaissez…

L’expérience du Journal de 1997 à 2010 est un des rares exemples de cette période qui a permi de mesurer le niveau démocratique en matière de liberté d’expression et de prendre le pouls de la liberté tout court. La petite histoire du Journal non seulement a rencontré la grande Histoire du Maroc. Mais de plus, l’hebdomadaire a contribué par ses articles, à écrire une page de cette douleureuse histoire. Un groupe de journalistes et intellectuels se mirent en tête l’idée de créer au Maroc un journal qui refuserait de s’imbriquer dans ce cadre délimité par les traditionnelles lignes rouges dessinées par le palais. A savoir les incontournables sujets tabous :
- La mornachie
- L’Islam
- Le Sahara Occidental
Le décès d’Hassan II et l’avènement sur le trône de Mohamed 6 en 1999 ont renforcés l’enthousiasme de cette rédaction dans sa volonté de probité journalistique. Chercher la vérité en ayant le courage de l’écrire, ce qui contrastait encore naguère, avec la presse officielle qui dans sa majorité a toujours été « au service du Prince ». Ce Journal, quasi adulé par beaucoup de pays voisins et européens qui voyaient en cette expérience le potentiel d’un renouveau journalistique, la possibilité d’un changement vers un progrés. Vers un journalisme d’investigation qui au-delà de l’information qu’elle diffuse, questionne, dénonce, désacralise et critique le pouvoir en place. Tout en en faisant l’économie, de ses petits intérêts personnels, au profit de l’intérêt du « citoyen ».

Le Journal est un cas unique dans tout le Monde arabe, dans le Maghreb et dans l’Afrique.

Pourquoi le Journal n’est plus ? Quels sont les auteurs de sa mise à mort ? Entrisme ? Conflits d’intérêts ? Asphyxie économique ? A qui profite cette regrettable situation ? Y a t-il une vie après les mots ? Quid de la relève ? On serait bien en peine de trouver une raison cohérente ! Quoi que. Cette expérience unique qui sert de mise en garde suggère à tout le moins qu’il faut y réfléchir autour d’une conférence. Car elle cristalise cette désillusion d’un changement radical au Maroc.

Partant du postulat que la liberté de la presse et la liberté d’expression sont les garants de la bonne santé d’une démocratie, l’affaire du Journal nous démontre qu’aujourd’hui encore les pratiques hassaniennes sont toujours en vigueur. Le 4ème pouvoir ne peut réellement s’exercer dans un Maroc où tous les pouvoirs sont aux mains d’une SEULE personne. Comment faire ce terrible constat sans être indigné ? Aujourd’hui en 2012, les rédacteurs qui se sont succédés à la tête de cet hebdomadaire ont dû s’exiler du Maroc pour pouvoir exercer leurs professions dans des Etats de droits. D’où ma sincère et profonde volonté de multiplier les réseaux du savoir et de l’information, afin de sensibliser au mieux l’opinion belge sur l’histoire inédite de cette expérience délibérément avortée.

Petite présentation du panel d’intervention

1. Ahmed Benani : Modérateur

Politologue et anthropologue des religions, Université de Lausanne (Suisse), à la retraite. Collaborateur régulier de la Radio-Télévision Suisse Romande sur les questions relatives au monde arabo-Musulman.

2. Aboubakr Jamaï,

Co-directeur du site d’information lakome.com. Il est le fondateur de l’Hebdomadaire Marocain “Le Journal Hebdomadaire” qu’il a dirigé de 1997 à 2007, et de l’hebdomadaire Assahifa Al Ousbouiya dont il a été dirceteur de publication. De 1993 à 1996, il a co-fondé et co-dirigé la banque d’Affaires Upline Securities. En 2008 et en 2009, il a enseigné à l’Université de San Diego où il a donné des cours sur “l’Islam Politique” et “la Politique Contemporaine au Moyen-Orient”. Ses articles ont été publiés dans le New York Times, Time Magazine, Le Monde, El Païs et Le Monde Diplomatique. En Novembre 2003, il a obtenu le Prix International de la liberté de la presse octroyé chaque année par l’organisation américaine de défense la liberté de la presse de référence le “Comité de Protection des Journalistes”. En Décembre 2010, L’Association Mondiale des Journaux lui a attribué le prix Gebran Tueni qui récompense un rédacteur en chef ou un éditeur du monde arabe pour son combat en faveur de la liberté de la presse. Aboubakr Jamaï a été désigné Young Global Leader par le Forum Economique mondial (Davos) en 2005. En 2004, il a été sélectionné en tant que chercheur à l’université de Yale (Yale World Fellow). En 2008, Il a été membre de la fondation Nieman pour le journalisme affiliée à l’Université de Harvard. Il est diplômé de l’Université d’Oxford (MBA : Master de Gestion des Entreprises) et de l’Université de Harvard (MPA : Master de Gestion Publique à la Kennedy School of Government).

3. Ali Amar,

Journaliste et écrivain marocain. Il a été en 1997 l’un des fondateurs et le directeur de l’hebdomadaire « Le Journal », premier titre indépendant du Maroc qui a subi, à répétition, les foudres du régime avant d’être définitivement interdit de parution en janvier 2010.

Titulaire d’une maîtrise en sciences économiques et d’un Master en journalisme international de la City University de Londres, Ali Amar a souvent été persécuté dans son pays à cause de sa plume engagée et pour ses enquêtes fouillées au cœur du système monarchique marocain.

Il est l’auteur de « Mohammed VI, le grand malentendu », un best-seller publié en 2009 en France chez Calmann-Lévy et censuré au Maroc. Son livre révèle la réalité des dix premières années de règne du roi du Maroc. Son second ouvrage « Paris-Marrakech : argent, pouvoir et réseaux » paru en janvier 2012 (Ed. Calmann-Lévy) décrypte les liens incestueux qu’entretiennent les élites marocaines et françaises sur fond de révolutions arabes. Ali Amar habite aujourd’hui à Ljubljana, la capitale de la Slovénie, qui a récemment rejoint le réseau ICORN des villes refuge pour écrivains. Il écrit aujourd’hui pour le site d’information Slate.

4. Ali Lmrabet (source Wikipedia :provisoire)

Journaliste engagé, il est passé de simple correspondant pour journal, au poste de rédacteur en chef du périodique Le Journal hebdomadaire, qui a inauguré une nouvelle ère dans le domaine de la liberté de la presse au Maroc. Ali Lmrabet est surtout connu pour avoir créé l’hebdomadaire Demain, le 11 mars 2000. Premier journaliste arabe à avoir interviewé un premier ministre israélien (Benyamin Netanyahu), il est aussi le premier reporter à avoir franchi le Détroit de Gibraltar en "Patéra" (été 2000), ces embarcations de fortune utilisées par les immigrés illégaux pour passer en Espagne. Il a été le premier journaliste marocain à s’être rendu dans les camps de réfugiés de Tindouf pour interviewer le chef des rebelles du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz. Récompensé par plusieurs prix internationaux, il a été condamné en 2005 à dix ans d’interdiction de l’exercice de la profession de journaliste pour avoir déclaré à un hebdomadaire marocain que les prisonniers saharaouis à Tindouf (Algérie), étaient des "réfugiés" et non des "séquestrés"2. Il est actuellement grand reporter au quotidien espagnol El Mundo.

5. Zineb El Rhazoui,

Journaliste, socioloque des religions et co-fondatrice du Mali (Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles), a fait partie de la jeune génération de journalistes qui ont rejoint le journal vers la fin. Recrutée en 2007, elle travaillait principalement sur des enquêtes de société, et des reportages. Après la mort du Journal, elle a fait l’objet de persécutions policières au Maroc à cause de son engagement pour la liberté, la laïcité et la démocratie. Elle s’est exilée en Juillet 2010 et vit aujourd’hui à Ljubljana (Slovénie), dans le cadre du projet ICORN de villes refuge pour journalistes et écrivains muselés dans leurs pays d’origine.

6. Omar Brouksy,

Actuellement journaliste à l’Agence France-Presse (AFP) et professeur universitaire (science politique et droit constitutionnel) au Maroc. Docteur en droit public (octobre 2003), il a commencé sa vie professionnelle en février 2001, au Journal, en tant que journaliste puis en tant que rédacteur en chef de cette publication indépendante plusieurs fois interdite au Maroc, avant sa fermeture définitive de 2009 à 2010, conséquence d’une longue asphyxie financière. Omar Brouksy vit aujourd’hui à Rabat où il travaille au bureau l’AFP pour le Maroc. Il fait régulièrement l’objet de pressions de la part des autorités marocaines pour qu’il quitte son pays. En juillet dernier, il a été agressé par la police à Rabat alors qu’il couvrait une manifestation contre la pratique de la bey’a (l’allégeance au roi). Et en octobre, son accréditation est retirée par le gouvernement pour avoir écrit, dans un reportage, que le Parti authenticité et modernité (PAM) a été fondé par Fouad Ali El Himma, un proche du roi Mohammed VI. Omar Bouksy est également l’auteur de plusieurs articles académiques sur la vie politique marocaine.

7. Ignace Dalle,

Après des études de journalisme et de droit à Lille puis d’arabe à l’Institut des Lettres orientales de Beyrouth, suis rentré à l’AFP en 1973 où j’ai effectué l’essentiel de ma carrière de journaliste. En 1976, alors que la guerre civile a commencé, je pars au Liban où je resterai près de quatre ans, couvrant notamment l’invasion israélienne de 1978. Je pars ensuite au Caire comme chef de poste pour quatre années également. C’est à cette époque que l’Egypte et Israël établissent des relations diplomatiques et, surtout, que Sadate est assassiné. De retour à Paris en 1985, je dirige le desk Afrique/monde arabe avant d’être nommé à la fin de 1991 à Rabat où je resterai jusqu’à la fin de 1996. Rentré à Paris, je suis accrédité au Ministère de la Défense avant de prendre la tête du service des Archives et de la Documentation. J’ai pris une préretraite en 2005 pour écrire et faire un peu d’enseignement du journalisme. Outre quelques livres sur le Maroc, dont Les Trois Rois, une biographie de Hassan II (tous deux chez Fayard) et un guide (La Découverte), j’ai également publié un livre sur la Syrie (La Syrie du général Assad aux éditions Complexe), un autre sur l’Egypte (L’envers des Pyramides, au Sycomore) et deux livres sur la question palestinienne. J’ai enfin publié une biographie d’un diplomate flamand du XVI ème siècle (Ogier Van Busbecq), "grand homme" de mon village natal et ambassadeur de l’empereur Ferdinand auprès de Soliman le Magnifique. C’est lui qui a introduit la tulipe et le lilas en Europe...

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