croc candidats

Albertine Kudimana, Gilbert Salumukakuli et Aimé Bakila sont tous les trois leaders d’OCB membres du réseau Proddes à Kinshasa. Ils ont décidé de se présenter aux élections législatives en RD Congo. Le Croco a cherché à comprendre leurs motivations à s’engager dans la vie politique.

Le Croco : vous êtes tous les trois leaders associatifs, actifs au sein de la société civile. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous porter candidats aux élections législatives ?

Albertine KUDIMAMA, coordinatrice du RAOCB/Maison de la femme, Kinshasa :

Tout d’abord, j’ai souhaité me porter candidate car il y a très peu de femmes au Parlement. Les femmes sont sous-représentées. Ensuite, les femmes dans la société civile font un peu de bruit mais ne sont pas présentes où se prennent les décisions et je pense fermement que les femmes peuvent apporter leur contribution. En tant que femme, je ressens le besoin de plaider pour la femme. Car ici du coté social, ça ne va pas et c’est la femme, la ménagère qui porte tout. Il faut lutter ! Sur 24h la femme ne prend que 6h de repos, sinon elle travaille, encadre les enfants,... C’est difficile. De plus, le taux des analphabètes est plus élevé chez les femmes. J’aimerais pouvoir mettre en place des structures éducatives pour soutenir les femmes analphabètes.

Gilbert SALUMUKAKULI, coordinateur et Secrétaire Général du RAOCB/Maison de la Femme et de la « Congolaise des Agriculteurs et des Eleveurs », Kinshasa

Ce qui m’a donné envie de postuler comme député, c’est que j’ai fait un constat, depuis l’existence des assemblées nationales de la RDC, le peuple a du mal à y trouver son compte. Dans les assemblées ce que nous constatons c’est qu’il y a une juxtaposition des ambitions qui ne reflètent pas l’intérêt du peuple congolais. Et les députés ont du mal à respecter les lois qu’ils ont eux-mêmes mis sur pied. Il faut un changement des mentalités, les députés nationaux doivent montrer l’exemple. Enfin le but est vraiment de défendre les intérêts de la population sur le plan social économique et culturel.

Aimé BAKILA Président des Jeunes associés pour le Développement Intégral (JADI), Kinshasa.

Ce n’est pas une volonté personnelle mais il y eu des pressions de part et d’autre. Au niveau du quartier on sent qu’il y a un leader, quelqu’un qui fait du plaidoyer… La communauté pousse. Nous sommes ténus. Lorsque les gens nous encouragent cela stimule. L’objectif principal de ma candidature est le social, le social qui dérange. Je suis éducateur depuis 1987 auprès des jeunes de mon quartier. Aujourd’hui la jeunesse éprouve beaucoup de difficultés. Toute cette jeunesse est abandonnée. Il y a la formation mais après la formation ? Et le FADOC (programme de Formation et Accompagnement des Organisations Communautaires, coordonné par le réseau Proddes, Partenaire de Solidarité Socialiste en Rd Congo) nous a aidés pour la sensibilisation, la formation. Après la formation il faut développer l’entreprenariat des jeunes. Car il y a d’une part l’oisiveté et d’autre part le chômage. Le ministère de la jeunesse s’occupe plus du sport que des problématiques sociales. J’ai envie que cela change.

Le Croco : Pensez-vous que votre rôle de leader est porteur de votre engagement ?

Albertine :

Oui, sur le terrain, on voit beaucoup de choses, pendant les formations, on échange avec les familles. On essaie de les comprendre et de penser à des solutions concrètes pour améliorer leur conditions de vie. Grâce aux formations que nous suivons et au renforcement des capacités de nos structures, nous sommes plus à même de comprendre les enjeux sociaux et le pouvoir que nous avons pour un réel changement au niveau de nos quartiers et de nos communes.

Gilbert :

Effectivement, car le rôle de leader que je joue dans les quartiers dans le cadre de la participation citoyenne au développement ainsi que dans des comités locaux de développement et de gestion participative est important. Si je passe député ça va donner du punch à mon rôle de communicateur et d’éducateur au sein de la société.

Aimé :

Etre leader et renforcer ses capacités en ce sens contribue à un changement social évident. Mais est-ce pour autant que nous devenons des politiciens ? Je pense que nous faisons ce que nous pouvons. La politique locale est idéale mais on ne sent pas une volonté politique étatique de commencer à la base. Au Parlement on voit des gangsters politiques, ils font les choses sans état d’âme, sans morale. Il est temps que le Société Civile s’investisse au niveau du Parlement.