Croc’Madames !

Ramatulaye Li, responsable formation et communication du réseau de mutuelles sénégalaises Oyofalpaj, et Agnès Rwamba, Présidente de la mutuelle de santé des femmes de l’alimentation de rue basée à Ouagadougou, étaient à Bruxelles pour participer aux 11ème Rencontres internationales Femmes et Santé (RIFS). Le Croco a sauté sur l’occasion pour discuter avec elles de l’émergence d’un mouvement social autour des mutuelles de santé au Burkina Faso et au Sénégal.

Expliquez-nous en quoi consiste votre travail sur le terrain ?

Agnes Rwamba : En fait, une grosse partie de notre travail consiste d’abord à faire comprendre le fonctionnement d’une mutuelle, d’en expliquer les principes. Ce sont des notions nouvelles dans nos pays et c’est parfois très compliqué sur le terrain de faire comprendre le principe de solidarité. C’est pourtant tout l’intérêt d’un système de mutuelle : tu cotises et cette fois-ci c’est ton voisin que l’on soigne mais le jour où tu tombes malade, on utilisera l’argent qu’il aura cotisé pour te soigner.

Ramatulaye Li : A Oyofalpaj par exemple, on fait souvent des causeries : on descend dans les quartiers et on réunit 15 à 25 personnes autour d’une table pour discuter des mutuelles de santé. C’est vraiment un travail de sensibilisation au quotidien.

Aujourd’hui comment ça fonctionne au Burkina Faso pour quelqu’un qui tombe malade et qui n’a pas de mutuelle ?

Agnes Rwamba : Il devra tout prendre en charge lui-même : les soins, les consultations, l’éventuelle hospitalisation et les médicaments. Il n’y a aucune intervention de l’Etat dans les soins de santé. Avec notre système de mutuelle, la personne est prise en charge à 70% et elle ne doit pas avancer l’argent. Le résultat c’est aussi que les gens qui sont couverts par la mutuelle n’attendent pas d’être gravement malades avant d’aller voir un médecin.

Est-ce que la situation est comparable au Sénégal ?

Ramatulaye Li : Oui, l’Etat sénégalais n’intervient pas non plus. Mais avec la mutuelle Oyofalpaj, nous organisons des activités génératrices de revenus qui nous permettent de prendre en charge les personnes qui n’ont vraiment pas les moyens d’adhérer.

Quel est votre rôle politique ? Comment voyez-vous l’impact que pourrait avoir un mouvement de mutuelles de santé ?

Agnes Rwamba : Au Burkina Faso, on est en train de voir comment faire pression pour que l’Etat assure une assurance maladie universelle. Nos actions politiques peuvent prendre différentes formes. Par exemple, le 8 mars dernier, journée internationale de la femme, on a monté une exposition de photos à laquelle on a invité les autorités pour débattre de la mutuelle de santé. Nous essayons aussi de sensibiliser les media à la question. Récemment, on a par exemple consacré toute une émission radio au système de santé au Burkina.

Ramatulaye Li : Au niveau d’Oyofalpaj au Sénégal, on travaille beaucoup avec les collectivités locales. Nous avons par exemple fait un gros travail de plaidoyer en faveur du projet de loi qui proposait que les mutuelles soient conventionnées. Cette loi vient d’être votée ! Par contre, il n’y a pas encore de financement de l’Etat pour les mutuelles de santé. C’est vraiment là qu’est notre combat aujourd’hui. Donc on est en train de faire un travail de plaidoyer auprès des politiques. On commence par les représentants locaux, mais même à ce niveau, nous faisons un gros travail de sensibilisation car beaucoup d’élus ne connaissent pas le fonctionnement des mutuelles de santé ! Attention, les mutuelles sont totalement apolitiques. La santé et la politique, ce sont deux choses très différentes !

Les femmes jouent-elles un rôle particulier dans l’accès à la santé ?

Ramatulaye Li : Oui, obligatoirement ! Déjà, au Sénégal, la majorité des mutuelles sont dirigées par des femmes. C’est normal, ce sont les femmes qui amènent leurs enfants ou leurs maris malades à l’hôpital.

Agnes Rwamba : Au Burkina, c’est la même chose. On cible d’abord les femmes parce que l’on sait que quand elles sont malades, tout le monde est malade dans la famille. Le développement ne peut que passer par la santé, et par les femmes !