Croc’Madame : Graciela Raquel Lopez

La lutte des travailleuses boliviennes

La Bolivie est l’un des pays d’Amérique latine où le taux de violence envers les femmes est le plus élevé. On a pu noter certains progrès avec l’arrivée du Président Evo Morales au pouvoir, mais le chemin est encore long... Face à une société patriarcale, où les femmes sont victimes de violences sur la scène politique et d’inégalités dans le milieu de travail, les Boliviennes luttent pour plus d’équité et de droits. Graciela Raquel Lopez, coordinatrice de REMTE (Réseau bolivien de femmes « transformatrices » de l’économie), partenaire de Solsoc en Bolivie, nous dresse le portrait de la travailleuse bolivienne.

Quel est le contexte social, politique et économique actuel en Bolivie ?
Le contexte est assez compliqué… Nous assistons à une polarisation des forces : d’un côté les partisans du gouvernement d’Evo Morales et de l’autre les organisations de la société civile. Ce phénomène découle de la volonté du président de se représenter pour la troisième fois aux élections présidentielles de 2018, décision qui va à l’encontre de la Constitution bolivienne. C’est dommage, car la politique économique qu’il mène a permis de nombreuses avancées, notamment en termes de redistribution des richesses et d’inclusion sociale. En ce qui concerne le contexte économique, Evo Morales a prôné le « Bien Vivre », comme modèle alternatif au développement. Malheureusement, en pratique la Bolivie reste un pays exportateur. Nous vivons principalement du secteur minier et des hydrocarbures. Certaines entreprises ont été nationalisées, ce qui a permis à beaucoup de bénéficier de meilleurs revenus. Par contre, ce qui n’a pas été mis en place, c’est la diversification productive, pourtant un des points les plus importants du plan. Le boom des prix internationaux de 2014 a favorisé une redistribution importante des revenus vers plusieurs secteurs sociaux, notamment populaires. Cependant, la baisse de ces prix par la suite a eu l’effet contraire : la distribution inégale des ressources vers les autorités locales ou départementales.

Où se situent les femmes dans l’économie bolivienne ?
En Amérique latine, les femmes sont aussi victimes du système néolibéral : elles sont pauvres et manquent d’opportunités d’emploi dans presque tous les secteurs. Elles travaillent majoritairement pour le secteur tertiaire, celui des services ; le secteur où il y a moins de sécurité sociale et de droits… 70% du travail des femmes se retrouvent dans le secteur informel. Seuls 18% de la population active, femmes et hommes confondus, sont salariés. Parmi ces derniers, les femmes représentent une minorité.

Qu’en est-il du taux de syndicalisation des femmes ?
La crise mondiale du syndicalisme se répercute également en Bolivie. Cependant, les travailleuses syndiquées continuent à renforcer leurs organisations. Le taux de syndicalisation des femmes est très faible. Cela est dû notamment aux relations patriarcales et capitalistes qui compliquent l’accès aux syndicats. Le fait que les femmes travaillent deux fois plus que les hommes les empêche de mener une activité syndicale. Mais il est important de noter que les femmes luttent à l’intérieur même des syndicats. En effet, elles se battent pour inclure la participation des femmes à tous les niveaux de direction, départementaux et nationaux, non seulement avec le gouvernement, mais également avec les propres syndicats qui ne veulent pas ouvrir ces espaces aux femmes. C’est ainsi que nous avons réussi à faire accéder quatre femmes du secteur manufacturier à des postes importants de la Fédération des Travailleurs des Manufacturiers de Bolivie.

Pourquoi est-il si important de faire un travail spécifique avec les femmes ?
En étudiant les inégalités, nous constatons que les femmes se situent sur l’échelon le plus bas. Bien que nous participions activement au travail productif et reproductif du pays, notre travail est moins reconnu, notamment par les syndicats eux-mêmes. C’est important non seulement de lutter pour que nos droits du travail soient respectés, mais également pour que les inégalités salariales entre hommes et femmes disparaissent, un combat mené depuis des siècles partout dans le monde. Il est aussi primordial que les hommes reconnaissent l’apport des femmes pour leur inclusion dans les syndicats. Il faut se détacher de cette société patriarcale, basée sur le profit et construire une société plus juste et plus égalitaire.


REMTE est un réseau constitué d’organisations sociales, qui luttent pour l’émancipation économique des femmes en Bolivie. Il entend contribuer à l’appropriation de certains secteurs de l’économie par des femmes et à la construction d’alternatives économiques plus humaines, équitables et durables qui améliorent leur qualité de vie, particulièrement pour les plus exclues et les plus défavorisées. Son objectif est de se transformer en un réseau plus formalisé, techniquement et politiquement mieux outillé qui puisse s’insérer dans d’autres dynamiques sociales nationales et internationales.