CROC’MADAME : AZIZA SOUISSI

Le Croco : Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a amenée à adhérer et à travailler dans ce projet de restauration et de pâtisseries ?

Je suis divorcée et j’ai deux enfants dont une fille âgée de seize ans. Pour gagner ma vie, j’ai rapidement décidé de travailler à la maison dans la confection d’aliments populaires ; je me suis également inscrite dans un programme de relogement. Nous avons commencé à travailler il y a tout juste un peu plus d’un an (décembre 2016). Concernant ce projet, j’avais participé à des rencontres organisées par l’association Nass Labita (« Les Gens de l’habitat »). Ces rencontres réunissaient une cinquantaine de femmes du quartier. Nous étions quatre femmes (deux veuves et deux divorcées) à être sélectionnées pour bénéficier de cette unité de production. Cette sélection a été réalisée et validée par l’ensemble de ces cinquante femmes.

Le Croco : En quoi votre projet peut être considéré comme étant d’« économie sociale et solidaire » ?

La première chose que nous avons faite a été d’informer nos clientes de l’adresse de l’unité de production ou devait être déposées les commandes. Nous avons chargé l’une d’entre-nous de gérer les « portemonnaies » (les caisses). C’est elle qui centralise les dépenses et les recettes de la vente. Nous faisons les comptes chaque fin de semaine. Cent dirhams par jour sont affectés au paiement du loyer ; nous mettons aussi de coté les sommes nécessaires pour payer les matières premières et les factures de consommation d’eau et d’électricité ; puis nous partageons le reste. Il nous reste un minimum de six-cents dirhams pour chacune d’entre-nous par semaine. Nous alimentons aussi deux caisses d’urgence et de solidarité et cette dernière a d’ailleurs déjà été mise à contribution lors d’une opération d’une des femmes membres de l’initiative. Parallèlement à cela nous organisons entre nous une tontine [1] à raison de deux cents dirhams chacune par mois. Coté travail, nous commençons dès huit heures du matin selon un tableau de bord affiché sur le mur et qui indique les tâches et les personnes qui en sont responsables

Le Croco : Et votre projet est-il rentable ?

Oui, très ! Mais depuis que nous avons commencé à recevoir des commandes autres que celles des particuliers, pour des fêtes par exemple, son évolution dépend de l’acquisition d’un moyen de transport. Mais nos bénéfices actuels ne nous permettent pas encore l’acquisition de ce genre de matériel.

Le Croco : Que pourrais-tu dire de l’association Nass Labita ?

L’association n’intervient jamais dans notre organisation ni dans notre travail. Nous avons des rencontres mensuelles avec le président pour lui remettre le montant du loyer et des factures de la consommation d’eau et d’électricité (le loyer et les compteurs sont encore au nom de l’association). Mais dans le cadre du suivi, des membres du bureau viennent de manière hebdomadaire vérifier les journaux des dépenses et recettes. Ils s’enquièrent aussi de l’existence éventuelle de problèmes qui nécessiteraient une discussion. D’un autre coté, l’association nous envoie chaque semaine cinq femmes du quartier pour parfaire leur connaissance du métier et aider au travail à titre bénévole. Mais nous procurons aussi à ces femmes de petites rentrées d’argent pour certaines tâches telles que les courses quand c’est nécessaire ou le nettoyage de l’atelier. À l’avenir, nous souhaitons nous transformer en coopérative en intégrant d’autres femmes formées dans notre équipe

Le Croco : Qu’avez-vous gagné dans ce projet ?

D’abord la tranquillité : quand nous travaillions chez-nous nos maisons ressemblaient à des unités de production, et surtout nous manquions d’espace et subissions les odeurs. Deuxièmement, avoir un local donnant sur la rue a grandement amélioré notre visibilité. Troisièmement, travailler avec du matériel performant améliore nos conditions de travail. Quatrièmement, le travail en commun allège le poids du travail individuel tout en améliorant le rendement. Et cinquièmement, le climat de travail, la joie de se retrouver ensemble.