Les mutuelles de santé au Burundi

Deogratias Niyonkuru, secrétaire général d’Adisco, partenaire de Solidarité Socialiste au Burundi, est également président de la Plateforme des Acteurs des Mutuelles de Santé au Burundi (PAMUSAB). Il était à Bruxelles pour un échange avec la Plateforme belge des Micro Assurances et des Mutualités (MASMUT). Il nous parle de la réalité des mutuelles au Burundi.

Le Croco : Quelle politique met en place le gouvernement burundais en matière de protection sociale et quelle place subsiste pour les mutuelles de santé ?

Il existe une politique nationale de protection sociale qui affirme que les mutuelles sont le canal idéal pour assurer la couverture sanitaire universelle dans le pays. La Commission Nationale de Protection Sociale, présidée par le Président de la République et dans laquelle se trouvent 11 ministères clé du pays, fait officiellement la promotion des mutuelles de santé. D’un autre côté, certains acteurs considèrent que la population est très pauvre et qu’il faut développer un mécanisme qui permette d’accéder à des soins de santé de manière subventionnés en mettant en place la carte d’assistance médicale (CAM) qui coûte 3000 francs burundais (1,66 euros) par ménage. Les limites d’un tel mécanisme qui est géré par l’état sont nombreuses, d’une part le gouvernement n’a pas les moyens de continuer à le financer à long terme, ce qui crée des dettes vis-à-vis des institutions sanitaires ; d’autre part la CAM est gérée par le Ministère de la Santé qui gère donc à la fois l’offre et la demande. La conséquence de cela est que la qualité des soins s’effondre car il n’existe plus de contrôle des populations à cet égard.

Le Croco : Quels sont les enjeux et les défis actuels des mutuelles de santé au Burundi ?

Les mutuelles connaissent des difficultés car la CAM représente un produit 5 fois moins cher que ce qu’elles offrent. Mais les 10 années d’expérience de la CAM ont montré les limites de la CAM dont nous avons parlé. De plus, cette carte n’offre pas un paquet complet de soins, donc certaines institutions de santé font davantage confiance aux mutuelles. L’avenir des mutuelles va dépendre de la capacité de l’État du Burundi à financer la CAM. S’il y arrive, il faudra réfléchir à des alternatives pour financer l’accès des populations pauvres aux soins de santé.

Le Croco : Comment font les mutuelles et les autres acteurs de la société civile, dans un contexte un peu mouvementé pour mener à bien leurs actions auprès des populations sur le terrain ?

Depuis 2016, le Burundi est relativement calme. Actuellement, l’ensemble des programmes de développement travaillent dans tout le pays. Les problèmes actuels des programmes de développement, en particulier ceux qui demandent des contributions de la population, ne sont pas d’ordre sécuritaire. Le principal souci, c’est que le coût de la vie a fortement augmenté, de telle sorte que la capacité contributive des populations s’est fortement amenuisée. En effet, la crise politique a conduit à la raréfaction des devises, ce qui a causé des difficultés d’importation et participe donc à l’élévation des coûts. Ceci a pour conséquence que les populations ont des difficultés à payer les services de base. Dans un tel contexte, le gouvernement a mis en place un système pour mieux surveiller le territoire. Aujourd’hui, les autorités administratives sont donc plus organisées, les réunions des mutuelles sont mieux encadrées, cela ne pose pas pour l’instant de problème majeur mais il est évident que les populations ne s’expriment pas aussi librement qu’elles le faisaient auparavant.