Colombie : L’accord entre le président et le numéro un des Farc : Quelles conséquences pour les ONG ?

Le 23 septembre 2015, le gouvernement colombien et les guérillas Farc ont franchi une étape décisive en s’engageant à signer un accord de paix définitif dans les 6 mois. Juliana Millan Guzman est coordinatrice de programme à l’Association de travail interdisciplinaire (ATI), organisation partenaire de Solidarité Socialiste, qui travaille depuis plus de 30 ans aux côtés des communautés paysannes, indigènes et des zones urbaines. L’objectif d’ATI est le renforcement politique à travers diverses activités ou mécanismes qui promeuvent le respect des droits humains, culturels, sociaux et environnementaux en Colombie. Plus particulièrement ATI suit deux thématiques : la souveraineté alimentaire et l’économie sociale. Juliana Millan Guzmán nous explique l’importance de ce récent accord dans le contexte colombien et dans le cadre du travail des ONG sur place.

Au cours de l’histoire il y a eu plusieurs rencontres entre différents mouvements insurrectionnels impliqués dans le conflit armé et le gouvernement. Afin de mieux comprendre la situation, il est important de préciser qui sont les Farc. Il s’agit d’un groupe insurgé né il y a plus de 40 ans. Il était principalement composé par des paysans dont les revendications étaient rurales. Malgré plusieurs mouvements de luttes sociales, celui-ci est le plus important tant en termes numérique que pour l’histoire qu’il porte. Dans les territoires délaissés par le gouvernement, les Farc sont parvenus à institutionnaliser certains secteurs. Grâce à leur force, ils ont réussi à construire une capacité de négociation sans précédent avec le gouvernement.

Nous, les ONG, nous sommes opposés à la lutte armée mais nous comprenons l’origine du mouvement. Malheureusement, jusqu’en 2012, tous ceux qui s’opposaient au gouvernement en place étaient considérés comme des terroristes. Le pays a vécu une vague de persécutions politiques, notamment à l’égard des femmes et des organisations non gouvernementales qui travaillaient pour la défense des droits humains. Cette dynamique empêchait l’existence d’une opposition.

Mais avec le début des négociations de paix avec les Farc à la Havane les choses ont commencé à changer. Nous avons à nouveau pu montrer notre visage sans que nous soyons considérés comme des terroristes. Le gouvernement a dû s’asseoir autour de la table avec les Farc et discuter. Ceci a permis de créer une vraie opposition et par là même de renforcer la lutte pour la reconstruction du pays. C’est un début mais il reste un long chemin à faire.

En fait, à la Havane, ils n’ont pas signé la paix, mais la démobilisation d’un groupe insurrectionnel. Il a été question de distinguer les organisations sociales de l’insurrection armée, d’empêcher l’utilisation des armes pour résoudre le conflit. De plus, ils ont négocié la capacité d’inclure dans l’agenda politique du pays une série de revendications portées depuis plus de 50 ans par les secteurs et mouvements sociaux. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme pour lesquels j’ai moi-même travaillé étaient pendant desannées considérées comme le bras intellectuel ou politique des Farc. Il y a notamment eu beaucoup de violence à l’encontre de ces organisations. Par conséquent la reconstruction a été très difficile.

Nous considérer comme acteurs du conflit et s’asseoir autour d’une table pour discuter et trouver des vraies réponses et des logiques de transformation est primordial. Car derrière ce conflit se cache aussi un conflit économique, social, culturel, environnemental et politique. Ces discussions doivent avoir lieu sous un autre regard : celui de l’acceptation de l’autre malgré ses valeurs différentes, du partage et du respect.