CROC’MONSIEUR : RAMI MASSAD

Rami Massad travaille pour le Popular Art Center (PAC), organisation partenaire de Solidarité Socialiste en Palestine, comme animateur de notre programme pour les jeunes. Celui-ci constitue un espace de participation et de créativité où les jeunes peuvent se sentir valorisés, s’exprimer librement et construire des initiatives collectives. Au-delà des clivages politiques, très présents en Palestine, ils organisent des activités culturelles, de formation, de revendication politique et citoyenne pour construire un avenir où la jeunesse palestinienne peut trouver sa place. En offrant des opportunités et des espaces de mobilisation collectifs, PAC, mais aussi MA’An et Bissan, les deux autres organisations partenaires de Solidarité Socialiste, contribuent à l’émergence d’un véritable mouvement social de jeunes en Palestine. Mouvement à même de défendre les intérêts et les besoins de la jeunesse palestinienne, de leur offrir des perspectives et de contribuer de manière positive à la lutte pour la dignité et la libération nationale.

Le Croco : Peux-tu te présenter, et présenter le travail de ton organisation.

RM : Je m’appelle Rami Massad, je travaille pour le Popular Art Center, comme coordinateur du programme FADOC pour les jeunes (ndlr : programme soutenu par Solidarité Socialiste). On se concentre sur le travail de terrain, avec des jeunes motivés, afin qu’ils soient plus actifs et qu’ils se mobilisent pour leurs problèmes sociaux, économiques et politiques.Nous travaillons principalement en Cisjordanie, mais on collabore aussi avec un coordinateur local du réseau FADOC à Gaza, afin de mener un travail conjoint

Le Croco : La situation en Palestine est tous les jours plus tendue, peux-tu nous donner ta vision du contexte actuel ?

RM : La situation devient de plus en plus compliquée. Les Israéliens ne veulent pas la paix. Les palestiniens subissent de plus en plus de procédures vexatoires : confiscation des terres, construction de nouvelles colonies, arrestations et Palestiniens tués. Le résultat est que le mouvement de solidarité avec les Palestiniens en Europe et en Amérique Latine se renforce étendu et les actions symbolique de soutien au peuple palestinien plus nombreuses, telle que le vote aux Nations Unies et dans différents Parlements pour la reconnaissance de l’Etat Palestinien. Ainsi, l’Etat Israélien se sent de plus en plus isolé, et veut sortir de cette situation. Pour cela, ils joue au jeu de la victime et, depuis un an, ils provoque les Palestiniens, tuent nombred’entre eux, notamment aux checkpoints, construisent plus de colonies et à Jérusalem, attaquent régulièrement Al Aqsa, l’esplanade des mosquées, lieu saint pour les arabes musulmans, et incitent ainsi les palestiniens à répondre par des actions violentes. Les Israéliens prétendent ensuite à la communauté internationale que les Palestiniens les ont poignardés, qu’ils ont initié les actions. De cette manière ils espèrent sortir de l’isolement international. Du côté Palestinien, les jeunes luttent aujourd’hui pour leur liberté et souhaitent que la communauté internationale agisse pour mettre fin aux injustices et se place aux côtés des palestiniens. Ils croient en ces valeurs, croient aux personnes qui se battent pour le Droit des palestiniens à vivre décemment et librement et défendent la justice et le respect du Droit International.

Le Croco : cette situation affecte le programme que vous menez avec l’appui de Solidarité Socialiste ?

RM : Oui, bien sûr, à différents niveaux. Par exemple 10 jeunes actifs sur le programme ont été arrêtés au cours de ces 20 derniers jours (Voir communiqué de presse du 27/10/2015 à ce sujet). Les Checkpoints entre les villes dans lesquelles nous avons une campagne nationale sont fermés. Nous ne pouvons donc nous déplacer entre les villes palestiniennes dans lesquelles nous travaillons. Par exemple, nous avons pour le moment une campagne de récolte des olives, pour aider et encourager les gens à cueillir leurs olives, en particulier dans les régions qui sont impactées par les colonies, mais nous ne pouvons les rejoindre, nous ne pouvons aller de Ramallah à Naplouse. Les Checkpoints sont fermés car selon l’armée israélienne, les colons peuvent attaquer à n’importe quel moment et nous devons donc être prudents et veiller sur nos jeunes. C’est donc difficile de bouger et cela a un impact négatif sur notre travail. Mais nous continuons notre lutte pour la liberté partout en Palestine.

Le Croco : Quels sont les problèmes principaux auxquels sont confrontés les jeunes ?

R.M. : Le principal problème auquel est confrontée la jeunesse palestinienne est le sentiment de frustration ; à cause des conditions difficiles qu’elle vit quotidiennement (chômage, pauvreté, manque d’espoir, vie quotidienne particulièrement difficile). C’est donc très important de travailler avec les jeunes, de leur redonner espoir, de leur donner des opportunités pour le futur, afin qu’ils ne tombent pas dans l’extrémisme. Au niveau international, il est également important de soutenir la jeunesse et la société civile en général.

Le Croco : Quels exemples concrets d’activités menez-vous pour redonner espoir à ces jeunes ?

R.M. : Nous offrons aux jeunes des espaces pour agir, se mettre en réseau, bouger, se mobiliser pour faire du plaidoyer sur leurs problèmes à différents niveaux. Nous menons donc différentes campagnes comme la campagne de boycott, de solidarité avec les cueilleurs d’olives, sur l’identité palestinienne, … D’un autre côté, nous menons des activités de solidarité des jeunes à un niveau national :notamment avec les palestiniens dont les maisons ont été endommagées et les terres confisquées. Enfin, des activités culturelles, artistiques et ludiques sont organisées avec eux, comme des festivals de danse Dabke, des festivals de musique, de théâtre, …. A travers ces activités, les jeunes peuvent évoquer leurs problèmes. On essaye de donner aux jeunes plus de soutien au niveau culturel, social, politique, économique afin de leur redonner espoir.