Croc’Monsieur : Deogratias Niyonkuru

Deogratias Niyonkuru est le Secrétaire Général d’Adisco, organisation partenaire de Solidarité Socialiste au Burundi et lauréat du Prix 2014-2015 de la Fondation Roi Baudouin pour le Développement en Afrique. L’ONG burundaise, Appui au Développement intégral et à la Solidarité sur les Collines (Adisco) a été fondée en 2006. L’association a pour objectif « d’accompagner l’émergence et le développement d’un mouvement social national, basé sur la solidarité, capable de porter son propre développement et d’influencer les politiques au profit des couches modestes de la population ».

Le Croco : Qu’est-ce que cela signifie pour ADISCO d’avoir reçu le prix de la Fondation Roi Baudouin pour développement en Afrique ?

Deogratias Niyonkuru  : Le prix de la Fondation Roi Baudouin pour développement en Afrique est un prix très prestigieux. Les personnalités ou les organisations qui ont reçu ce prix sont aujourd’hui des organisations mondialement connues. C’est donc un grand honneur pour nous d’avoir reçu ce prix, mais c’est aussi un grand défi car aujourd’hui il faudra jouer dans la cour des grands, il faudra porter à échelle ce que nous faisons, et continuer à montrer que nous faisons des choses innovantes, qu’elles peuvent être portée à échelle et que les autres peuvent imiter. Le prix que nous avons reçu est avant tout le prix de Solidarité Socialiste. Solidarité Socialiste est notre partenaire principal qui, au-delà de l’appui financier important (quasiment 55% de notre budget), nous intègre dans différents réseaux et nous fait participer à des réflexions qui sont très importantes. C’est donc important qu’à cette occasion, je puisse vous remercier.

Le Croco : ADISCO travaille beaucoup sur la thématique de la protection sociale au Burundi. Où en est-on au Burundi et quels défis reste-il à accomplir pour ADISCO ?

D. N. : Le travail à accomplir est énorme. Le secteur formel public est très bien couvert par la mutuelle de santé de la fonction publique. Le secteur privé formel est en train d’être couvert par une mutuelle de santé du secteur privé. Pour la population rurale, c’est cela notre défis et nous sommes en train de travailler sur cela. Les mutuelles de santé ont été reconnues par la politique nationale de protection sociale comme la voie pour couvrir ce secteur et, aujourd’hui, ADISCO avec les autres acteurs des mutualités, nous sommes en train de faire des progrès considérables. Nous avons été freinés par une carte d’assistance médicale lancée par l’Etat mais cette carte a marqué des limites et aujourd’hui les mutuelles de santé sont en train de reprendre.

Le Croco : Pourquoi cette carte mise en place par le gouvernement a-t-elle été un frein alors qu’on aurait pu imaginer que cela puisse être une avancée pour la population ?

D.N. : Oui, ça aurait dû être une avancée importante pour la population qui pouvait être par une cotisation de 1,5€ par famille et par an. Mais pour cela, il fallait que le gouvernement trouve des moyens pour financer la différence estimée à 60 milliards de francs burundais soit 30 millions d’euros par an. Le gouvernement n’en n’avait mis au départ que deux et a augmenté progressivement sa mise mais a été incapable de rembourser les formations sanitaires qui aujourd’hui ne peuvent plus se réapprovisionner en médicaments et qui par conséquent décide de donner des ordonnances à tout patient qui porte la carte d’assistance médicale.

Le Croco : Et donc aujourd’hui ce processus est freiné et les mutuelles communautaires reprennent leur essor ?

D.N.  : Les mutuelles communautaires reprennent progressivement leur essor mais ce n’est pas facile car la pauvreté est très grande dans le pays mais le mouvement est en train de progresser.

Le Croco : Avec les évènements que connaissent aujourd’hui le Burundi, est-ce que tu crains pour le travail qu’accomplissent les mutuelles de santés ? D.N. : Forcément, cela aura un grand impact. Le premier est que nous qui sommes basés à Bujumbura en ville nous ne pouvons pas travailler de manière régulière. Il existe des personnes qui sont basées dans des quartiers inaccessibles, et en particulier la coordinatrice des mutuelles. Sur le terrain par contre, le travail avance, les provinces sur lesquelles nous travaillons sont calme jusqu’à aujourd’hui mais comme il y a une très grande inflation suite au fait que le pays n’a plus assez de devises, la vie va devenir très cher pour les populations, la cotisation sur les mutuelles va s’élever ainsi que le prix des médicaments. Par conséquent, ce sera très difficile pour les populations de payer leur cotisation.

Le Croco : Et quelle est ton opinion sur la situation au Burundi en général ?

D.N. : Apparemment des négociations ont commencées entre les partis. J’ose espérer que les gens vont revenir à plus de tolérance mutuelle et à la responsabilité. Si cette situation continue, même un mois, les conséquences seront très graves pour l’économie du pays, avec le risque que les tentions ne deviennent plus aigües et ne compromettent finalement la paix dans le pays.


Lire le discours de Deogratias Niyonkuru prononcé lors de la remise du Prix de la Fondation Roi Baudouin pour le Développement