Croc’Madame : Katarzyna Lemanska

Katarzyna Lemanska est chercheuse, elle vient de publier un rapport financé par 13 ONG et syndicats belges, dont Solidarité Socialiste. Le rapport pointe, sur base de recherches de terrain, les manquements de l’Etat belge dans ses relations avec Israël, notamment en matière de coopération universitaire et militaire, mais aussi les canaux qui lient la Belgique à l’économie de l’occupation israélienne, qu’il s’agisse des produits des colonies en vente dans les supermarchés, des entreprises belges qui contribuent à la colonisation, ou des collaborations dans le domaine de l’industrie militaire.

Le Croco : Katarzyna, est-ce que tu peux te présenter en 2-3 mots ? En fait, qui es-tu et pourquoi as-tu réalisé ce rapport ?

Katarzyna Lemanska  : Initialement, j’ai fait pas mal de plaidoyers pour des organisations de la société civile sur les relations entre l’Union Européenne et Israël. Ensuite, j’ai milité au niveau belge, à travers le secteur associatif, pendant plusieurs années, sur la reconnaissance des droits des palestiniens. L’idée de ce rapport c’était de pouvoir réunir ces 2 expériences. C’est-à-dire d’être impliquée dans le tissu associatif belge mais en même temps d’avoir ce recul par rapport au fonctionnement institutionnel européen, de mélanger donc mon expérience personnelle et professionnelle et de mettre ça au profit d’un rapport sur les liens entre la Belgique et l’occupation.

Le Croco : Quelle est l’originalité de ce rapport et qui en est à l’initiative ?

Katarzyna Lemanska : C’est moi qui ai contacté des organisations pour essayer d’obtenir un financement pour faire ce rapport. Il existait à ce moment un rapport financé au Pays-Bas sur les liens entre les Pays-Bas et l’occupation. A l’époque, je me suis dit ça, ça nous manque ! Ce type d’outil n’existe pas. Il y a des campagnes qui sont faites à gauche et à droite sur les produits des colonies, sur les relations militaires de la Belgique et Israël ; il n’y a pas vraiment de document qui regrouperait l’ensemble des domaines de coopération, qui nous donnerait une image beaucoup plus complète des problèmes éventuels qui peuvent se poser en matière de coopération bilatérale.

Et donc l’idée était de se concentrer sur la Belgique, sur ses manquements par rapport à ses obligations et non plus être dans un travail de dénonciation, qui est par ailleurs nécessaire sur les violations qu’Israël commet par rapport au droit international, mais de vraiment se recentrer sur la Belgique.

Généralement, la Belgique a une très bonne position en matière de respect des droits de l’homme, du droit international. Mais c’est une politique déclaratoire. A un moment donné, on se rend compte chacun de notre coté, dans nos petits domaines, qu’en fait du coté pratique cette position n’est pas vraiment mise en œuvre de la manière dont la Belgique prétend.

Le Croco : Dans le cadre de ta recherche, tu as pu constater qu’il y avait des entreprises belges qui avaient des relations directes avec la colonisation ? Est-ce que tu peux me donner un exemple concret ?

Katarzyna Lemanska  : On a cherché des entreprises belges qui avaient des implications directes avec la colonisation et la seule sur laquelle on est finalement retombé, c’est Dexia. Dexia, qui a depuis 2001 une filiale en Israël. Et cette filiale a octroyé des prêts à des collectivités locales, pas des prêts à des individus. Des collectivités locales situées dans les colonies. Et donc ça, c’est un cas qui avait déjà été identifié. On n’en a pas identifié d’autres, ça ne veut pas dire qu’il n’y en pas, c’est juste que c’est extrêmement difficile d’accéder à ces informations parce qu’il n’y a pas de transparence.

Par contre ce qu’on a pu identifier, en terme de problème, c’est qu’il manque un cadre légal et que les autorités belges n’ont pas mis de cadre suffisant pour s’assurer que les entreprises belges ne vont pas mener des activités qui contribuent à la colonisation - et donc pas aussi explicitement que Dexia qui, elle, opère directement dans les colonies. Il y a toute une série d’autres activités qui pourrait contribuer directement à la colonisation.

Le Croco : Quelles types de recommandations pourrait-on donner à l’Etat belge pour se mettre en conformité avec cette question du droit international. Qu’est ce que tu pourrais donner de nouveau, à titre d’exemple concret ?

Katarzyna Lemanska  : Ce dont on a besoin c’est que la Belgique décourage de manière explicite les relations entre les entreprises belges et les entreprises israéliennes qui contribuent directement à la colonisation. Un autre type de mesure, serait celles de la campagne « Made in Illgality » qui sont l’interdiction des produits des colonies et l’importation des produits sur le sol belge.