La Fête des Solidarités : une convergence d’acteurs qui partagent les mêmes valeurs

Danny Singoma, Secrétaire Général du CENADEP, organisation partenaire de Solidarité Socialiste en République Démocratique du Congo, était notre invité à l’occasion de l’édition 2014 de la Fête des Solidarités qui avait lieu le week-end des 30 et 31 août à l’initiative des mutualités Solidaris à la citadelle de Namur. Cette Fête qui a rassemblé plus de 27.000 festivaliers mettait cette année à l’honneur la République Démocratique du Congo. Danny Singoma a notamment participé à un débat sur le thème « Manger sain et responsable ! Un goût de luxe ?’".
Le Croco a recueilli ses impressions à l’issue de l’évènement.

Le Croco : Danny, que retiendrez-vous de cette Fête des Solidarités 2014 ?
D.S. : J’en garde un sentiment global très positif sur le plan organisationnel, avec une logistique impressionnante : ce village de tentes, les scènes, l’espace des débats ; tout un matériel de très haute facture : écrans, supports de communication, internet, etc… Ainsi que des services de sécurité et de secours très efficaces. Sans oublier une brochette de musiciens renommés. Une petite surprise pour moi : je m’attendais en fait à un évènement plus politique. Nous avons effectivement croisé une série de personnalités politiques wallonnes mais elles circulaient sur le site de manière plutôt informelle sans chercher, me semble-t-il, à exprimer cette force politique sur le site de la Fête. Cependant, globalement, c’était très réconfortant de voir ce rassemblement de gens qui partagent des mêmes valeurs ; cet élément est très positif. Un petit point négatif à mon avis : j’ai vu beaucoup de Coca Cola sur le site… Et je me suis demandé : « Mais enfin, qu’est ce qui se passe entre les socialistes et le Coca- Cola... ?! (rires).

Le Croco : Vous avez participé à un débat samedi matin qui rassemblait différents intervenants autour du thème : « Manger sain et responsable ! Un goût de luxe ?’" Comment répondez-vous à cette question ?
D.S. : C’est simple, non ce n’est pas un goût de luxe. Mais ça le devient par la force des choses, alors que cela devrait être un droit pour tous. Aujourd’hui les gens n’ont plus ce droit-là ; il faut se battre pour le reconquérir. Plusieurs facteurs font que ce droit n’est pas respecté et concourent au fait que manger devient un luxe pour certains. Il existe aujourd’hui un choix pour manger : soit on prend ce qui est le plus facilement accessible, soit ce qui est plus difficile à obtenir car il faut fournir un effort supplémentaire pour cela. Alors cela devient un luxe. Pour moi c’était très intéressant de voir comment on aborde ici au nord cette question de manger sain et responsable, qui devient même presque une obsession. Il faut savoir aussi ce que cela veut dire. Manger sain, est-ce manger frais ? S’intéresse-t-on à la question de l’origine, la provenance des produits alimentaires ? Parle-t-on de la consommation d’aliments produits localement ? Mais, dans ce cas, est ce que tout ce qui est local est sain.. ? Chez moi en RDC, la question se pose également ; même si parfois de manière différente. A Kinshasa, par exemple, certains maraîchers vendent des fruits et des légumes exposés toute la journée au soleil, à la chaleur et aux fumées d’échappements. Ou d’autres dont les intrants sont parfois nocifs, cultivés avec des pesticides et des engrais industriels. Cela montre que la production même si elle est locale, n’est pas nécessairement saine... Le débat auquel j’ai participé a aussi abordé la question des importations alimentaires des pays du sud, comme la RDC, qui empêchent les populations de manger sain et qui déstabilisent et fragilisent les marchés locaux car les produits importés sont souvent moins chers et entrent en concurrence avec la production locale ; et ça il faut aussi que les consommateurs du nord le sachent. Et tout ce qui est importé chez nous n’est pas nécessairement sain. Cela peut être un produit très frais lorsqu’il part d’ici en avion mais plus nécessairement quand on le retrouve au marché. Il peut arriver moins cher ou plus cher… La question ici n’est pas tellement de savoir si l’importation est un problème mais c’est la qualité qui pose problème. Aujourd’hui les gens prennent conscience qu’ils ne mangent pas bien… Beaucoup de choses se disent sur les poissons congelés, « formolisés » selon les dires de certains, sur les poulets mal conservés, ça c’est vrai. Mais après, les gens ne savent pas quoi faire ; ils n’ont pas vraiment le choix à part se dire qu’ils vont les bouillir plus longtemps avant de les consommer. C’est un problème de pauvreté, de choix ou non.

Le Croco : Vous organisez également un évènement à Kinshasa qui s’appelle le Festival des Solidarités. Est-ce que cela ressemble à la Fête des Solidarités à laquelle vous venez de participer… ?
D.S. : Non pas du tout ! Pas encore ... (rires). Mais la Fête des Solidarités m’a beaucoup inspiré...Le Festival des Solidarités c’est une marque du réseau Proddes [1] ; c’est nous qui l’organisons ; c’est le Proddes qui met en avant une série d’acteurs de la base. Ce qui manque d’après ce que j’ai vu ici c’est la convergence d’acteurs qui partagent les mêmes valeurs … Les associations, les ONG, par exemple que j’ai vues ici. Notre festival n’est pas encore à ce niveau-là. Les seuls participants ONG, c’est le réseau Proddes. Mais c’est une ouverture aux autres qui partagent leur solidarité, c’est un appel à la solidarité entre jeunes porteurs d’initiatives culturelles. La question que m’a inspiré cette Fête des Solidarités a été : Est-ce que c’est possible pour nous aussi de donner une autre dimension au Festival ? Qu’il ne reste pas seulement un évènement artistique mais qu’il devienne une espèce de miniature de la Fête des Solidarités … (rires). C’est peut-être difficile mais je pense que c’est possible. Pour l’instant, c’est un espace culturel certes, mais réduit à la dimension d’artistes en herbe, donc pas un festival de grands artistes reconnus, on est dans une autre catégorie. Mais ce sont des artistes qui recherchent ces marques de solidarité : la solidarité au niveau de Kinshasa, du Congo, la solidarité Nord/Sud, la solidarité internationale. En Belgique nous sommes en train de jeter les bases d’une collaboration avec le Festival des Libertés, qui est un peu notre modèle au départ pour notre Festival. Mais nous voulons lui donner vraiment une dimension de solidarité Nord Sud. Il faut que les gens à Kinshasa comprennent qu’ils ne sont pas seuls, que les maux dont ils souffrent sont aussi connus et partagés par d’autres.